Une présence canine dans les équipes d’Aide et soins à domicile

Le chien est le meilleur ami de l’homme, et c’est vrai également dans le monde des soins. Des chiens de thérapie accompagnent parfois le personnel d’Aide et soins à domicile (ASD). Le Magazine ASD a fait la rencontre de deux d’entre eux: Woody, dans le canton d’Uri, abandonnée étant chiot sur une aire d’autoroute, part désormais à la chasse au trésor avec les clientes et clients de l’ASD. Il y a aussi Gweny de l’unité de psychiatrie à domicile de Thurgovie, qui parvient à rassurer certaines personnes qui n’osent plus sortir de chez elles.

Woody: l’adoptée
«Tu te rappelles de moi, pas vrai?», demande Rosmarie Walker-Traxel au quadrupède qui saute de joie dans son jardin. Woody a six ans, un pelage blanc, les oreilles tombantes et est la première chienne de thérapie que le Magazine ASD a eu la chance de suivre tout au long de sa tournée d’aide à domicile. Elle accompagne sa maîtresse, Renate Baumann, auxiliaire de santé CRS pour l’Aide et soins à domicile d’Uri. Woody a beau être petite, la joie qu’elle dégage n’en paraît que plus grande. «Je suis toujours heureuse lorsqu’elle passe me dire bonjour», partage Rosmarie Walker-Traxel. Cette femme de 84 ans souffre de cécité et reçoit de l’aide à domicile une fois par semaine pour son ménage. L’enthousiasme de Woody ne laisse aucune place au doute, elle a tout de suite reconnu sa cliente. «Elle a une très bonne mémoire et elle aime tout le monde», explique Renate Baumann. «Lorsque je pars en balade avec elle, elle croise plus de gens qu’elle connaît que moi», sourit sa maîtresse.

L’auxiliaire de santé et sa chienne de thérapie se sont rencontrées il y a six ans, lorsque Renate Baumann apprend qu’un chiot a été abandonné dans une boîte en carton sur une aire d’autoroute. Elle se rend alors à la fourrière pour voir cette petite boule de poils sauvée de justesse. «Woody était si mignonne que je n’ai pas pu faire autrement que de la ramener à la maison. C’est une chienne pleine d’intelligence, drôle et au grand cœur.» Il n’y a qu’une chose que Woody ne peut supporter: la solitude. «C’est tout à fait compréhensible lorsqu’on pense qu’elle a été séparée très jeune de sa mère pour être abandonnée par son maître ensuite.»

Woody: la chasseuse de trésor
Woody excelle dans les chasses au trésor. Sa maîtresse cache différents objets et l’animal les retrouve grâce à son flair. «Elle est si douée qu’elle pourrait faire de l’ombre à Sherlock Holmes», assure Renate Baumann. Il y a deux ans, l’auxiliaire de santé demande à sa cheffe la permission d’emmener Woody lors de ses visites au domicile des clients dès que l’animal aura été dressé comme chien de thérapie. L’organisation d’Aide et soins à domicile accueille avec plaisir cette idée. La chienne et sa propriétaire retrouvent ainsi les bancs de l’école pour une formation auprès de l’Association Chiens de Thérapie Suisse (ACTS).

Savoir rester calme, même lorsqu’un enfant pleure à chaudes larmes ou qu’une personne se présente en fauteuil roulant. Voilà quelques exemples de comportements que Woody a entraîné. Pendant qu’elle passe toutes ces épreuves avec bravoure, sa maîtresse assimile les théories nécessaires pour accompagner un chien de thérapie. Une fois tous les tests passés, le duo se met au travail au sein de l’Aide et soins à domicile. Depuis, près d’une demi-douzaine de clients ont accepté la visite de Woody chez eux et attendent avec impatience de voir arriver ce tourbillon de bonne humeur au pelage beige. Mais, si elle n’est pas au meilleur de sa forme ou qu’elle n’a tout simplement pas envie de travailler, rien n’oblige Woody de monter dans la voiture pour partir en tournée pour l’Aide et soins à domicile. Ce qui arrive cependant rarement, car l’animal exprime énormément de plaisir à rendre visite aux clients où elle peut également exercer un de ses passe-temps favoris: la chasse au trésor. Les clients se prêtent effectivement volontiers au jeu et cachent un objet pour mettre au défi le flair du chien, un défi qu’elle relève toujours avec enthousiasme et sans jamais faillir.

Woody: la lueur d’espoir
«Une cliente a été véritablement enchantée lors de la première visite de Woody à son domicile», se souvient Renate Baumann. «La deuxième fois, Woody faisait une balade avec une connaissance et j’ai effectué seule ma tournée sans l’annoncer. Cette femme était si déçue qu’elle m’a claqué la porte au nez en pleurant. Plus jamais je ne referai cela!» La petite chienne beige influence les personnes qu’elle rencontre en tournée de différentes manières toujours très positives. «Elle se laisse caresser, joue avec elles et les accepte sans condition. Woody apporte un changement bienvenu dans leur vie quotidienne et les invite à s’ouvrir, à se confier», explique l’auxiliaire de santé. Une autre cliente, souffrant de troubles mentaux, reste souvent assise dans son canapé sans plus de force. «Mais quand je lui rends visite avec Woody, cette femme s’illumine et s’active tout d’un coup.» Une cliente âgée a sombré dans un deuil profond après avoir célébré l’anniversaire de la mort de son propre chien. Elle a décroché le téléphone pour demander exceptionnellement la visite de Renate Baumann et Woody. Elle l’a fait immédiatement et gratuitement: la chienne a su rendre le sourire à la cliente.

Verena Albert-Zgraggen fait tout pour ne pas manquer la visite de la chienne. «J’adore les chiens. J’en ai eu cinq», dit-elle alors qu’elle accueille le duo chez elle un jour d’été. Cette femme de 58 ans souffre de polyneuropathie, une maladie nerveuse, et se déplace en fauteuil roulant. Selon Verena Albert-Zgraggen, aucun médecin ne lui avait prédit une si longue espérance de vie, mais elle tient bon. «Et la vie est belle. D’autant plus lorsque Woody me rend visite.» Grâce à la présence de l’animal, elle se sent comme de retour dans le temps, chez elle, entourée de ses nombreux animaux et compagnons.

Gweny: la boule d’énergie
Il y a trois ans, Alice Müller* a été renversée par un camion. Depuis, elle souffre de crises de panique qui se déclenchent fréquemment lorsqu’un poids lourd passe à proximité. Un jour, cependant, la présence de Gweny a évité la crise. Gweny, c’est la deuxième chienne que le Magazine ASD a rencontrée. «Sans elle à ce moment-là, mes jambes auraient arrêté de fonctionner et j’aurais été parcourue de sueurs froides», explique Alice Müller.

Agée de dix ans, Gweny accompagne sa maîtresse Beate Meier, membre de l’unité psychiatrique de l’Aide et soins à domicile de Frauenfeld. Cette infirmière de 56 ans, habitant à Kreuzlingen en Thurgovie, a dû se faire à l’idée: lors des visites pour l’ASD, elle est désormais «celle avec le chien». La Border Colly répond officiellement au doux nom de Gwendolyn, «mais je ne l’appelle ainsi que lorsqu’elle fait une bêtise», explique Beate Meier en riant. Il y a deux ans, un chien, Aiko, accompagne déjà l’infirmière lors de ses tournées, mais une tumeur emporte ce fidèle compagnon. Beate Meier apprend alors que la sœur d’Aiko cherche justement un nouveau propriétaire, selon son dresseur allemand. Elle accueille volontiers la boule d’énergie qu’est Gweny, championne d’Allemagne en sport canin. «Gweny nous joue encore des tours à l’âge de dix ans», raconte Beate Meier. «Il lui arrive de sauter soudainement sur notre table. Mais elle se comporte parfaitement avec ses clients.»

Gweny: la passe-partout
Aux côtés de sa nouvelle propriétaire, Gweny suit une formation auprès d’une organisation d’aide et d’encadrement social allemande pour participer aux visites des clients à leur domicile. La chienne doit y démontrer son obéissance à toute épreuve et prouver qu’elle sait garder son calme même lorsqu’une béquille tombe au sol, par exemple. Depuis, elle accompagne sa maîtresse auprès de tous les clients qui le souhaitent et qui ne représentent aucun danger pour l’animal, à cause d’un comportement agressif, par exemple. «Lors de nos visites, certains clients veulent aller se promener avec Gweny, d’autres aiment la caresser alors que certains préfèrent se reposer à côté d’elle», énumère Beate Meier. «Avec Gweny, ils arrivent à se détendre, ils prennent des responsabilités, sont plus heureux et plus actifs.»

En visite chez un jeune homme schizophrène qui refuse de quitter son domicile, Beate Meier lui rappelle la présence de la chienne qui doit absolument être sortie. «Il m’a répondu que c’était vrai, bien sûr: et il a mis ses chaussures», se souvient Beate Meier. Le contact physique avec l’animal est également important, surtout chez les personnes âgées qui en manquent parfois cruellement. Et enfin, Gweny permet à certains de dépasser leurs limites et de leur ouvrir des portes. Comme pour cet homme âgé qui n’a laissé entrer son psychiatre chez lui que si la chienne l’accompagnait. «Ce que réalise Gweny est fascinant», s’émerveille Beate Meier en relevant que, lors de nombreuses interventions, sa chienne accomplit l’essentiel du travail. «Parfois, j’ai l’impression de n’être que son chauffeur», plaisante l’infirmière, ajoutant en riant que Gweny ne reçoit aucun salaire. «Elle est payée avec des friandises. Et cela semble lui convenir.»

Gweny: la survivante
Lorsque son chien Aiko est mort, Beate Meier accompagne certains de ses clients qui font eux aussi face au deuil du chien. «Une femme n’a pu lâcher prise que lorsque je lui ai apporté l’urne d’Aiko.» Ce triste événement a bien failli se répéter alors que Beate Meier et son mari profitent de leurs vacances en Grèce. Sans prévenir, Gweny s’effondre de tout son long. Un vétérinaire local diagnostique immédiatement un empoisonnement. La chienne a sans doute avalé de la mort-aux-rats, une substance répandue par certains agriculteurs qui ne développe son effet mortel qu’au bout de quatre jours. Le spécialiste lui administre alors de fortes doses d’antibiotiques et de vitamine K avant que le couple ne rentre en Suisse en catastrophe. «Le voyage de retour a été pénible. Gweny ne me reconnaissait pas, ne pouvait pas marcher, ne voulait rien boire.»

Un vétérinaire suisse confirme le diagnostic et prolonge le traitement grâce auquel les valeurs sanguines s’améliorent peu à peu. Gweny est aujourd’hui à nouveau sur pattes et a retrouvé toute son énergie. Lorsque le Magazine ASD lui rend visite, trois semaines après cette mauvaise passe, elle se roule dans le champ devant la maison. Mais l’Aide et soins à domicile a dû se passer de ses services pendant toute cette période de convalescence. «L’absence de Gweny affecte celles et ceux qui avaient l’habitude de la voir lors des tournées, ils sont tristes et ont plus de peine à se détendre», dit Beate Meier. «Un homme a même refusé de quitter sa maison sans Gweny pour l’accompagner lors de sa promenade.»

Gweny: le regard apaisant
Gweny reprend sa place au sein de l’équipe d’Aide et soins à domicile quelques jours plus tard. «Son retour me réjouit», confie Alice Müller* qui aborde le souvenir de son douloureux accident. «Un chauffeur de camion m’a renversée sur un trottoir et m’a traînée sur 40 mètres.» Sa fille passe alors devant le lieu de l’accident par hasard, mais se précipite immédiatement au côté de sa mère après avoir reconnu son déambulateur parmi l’équipe de secouristes. «Je ne me souviens pas bien de l’événement, mais surtout de ce que l’on m’a raconté par la suite. Depuis, j’ai mal au cou et aux hanches.» Au vu de la gravité de l’accident, Alice Müller s’en sort plutôt bien. A 85 ans, elle est encore en forme pour passer de nombreux bons moments avec ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants.

Beate Meier lui rend visite une fois par semaine et l’aide dans la préparation de ses médicaments. Gweny tend l’oreille lorsque les deux femmes discutent et sa présence rassure Alice Müller. «Cette chienne m’est d’une grande aide et fait preuve de beaucoup de patiente.» Lorsqu’elle a craint de subir une nouvelle crise de panique à l’approche d’un camion, Gweny l’a regardée avec ses grands yeux bruns. «Son regard m’a dit de faire face et de continuer! Et, avec Gweny à mes côtés, je l’ai fait sans crise de panique.»

Kathrin Morf

*Nom d’emprunt